Présentation

EROA

Publié le mardi 10 avril 2018 16:04 - Mis à jour le dimanche 15 avril 2018 10:24
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Quels apports culturels permettent ces situations de rencontre dans les EROA ?
L’une des problématiques principales des espaces de rencontre avec l’œuvre d’art s’exprime dans l’intitulé même du dispositif. Le contour général est en effet globalement celui d’une galerie à vocation pédagogique en établissement : un espace dédié, où des œuvres puissent être vues prioritairement par un public scolaire.

Mettre l’accent sur la notion de rencontre, c’est signaler que le travail est davantage centré sur ce qui interagit entre des élèves et des créations artistiques (des regards, des énoncés, des émotions, des réfutations, des déplacements, des corps en présence aux œuvres, des activités, …).

Une des premières ambitions des EROA est donc culturelle, en donnant un espace et du temps à ce qui peut interférer entre les cultures premières des élèves (sédiments ou reflets d’appartenances et de valeurs, représentations mentales initiales et univers familiers ou connus) et les pratiques singulières des artistes (additions ou affrontements à dessein de valeurs universelles ou personnelles, créations tournées vers ses spectateurs les projetant parfois vers un inconnu ou un indicible).

Quels développements suscitent ces actions de rencontre dans les EROA ?
Construire des situations de rencontre avec les œuvres, ce n’est pas réduire le travail au principe formel d’une exposition. C’est se poser la question de la finalité scolaire et engager la dimension pédagogique dans le travail artistique et culturel d’un espace de rencontre avec l’œuvre d’art.

Cette démarche fait appel à des compétences variées à rassembler : savoir travailler en équipe pédagogique, parvenir à mutualiser des ressources culturelles ou techniques, favoriser des pratiques coopératives entre enseignants ou entre élèves, concevoir un projet culturel, en gérer les données budgétaires et en maîtriser les aspects techniques.

Dans une situation encore souvent inédite dans l’école, c’est aussi viser l’apprentissage, par des approches polysensorielles, des capacités nécessaires à recevoir l’œuvre dans sa réalité vraie, soulagée des pertes de ses représentations : images des œuvres, discours sur l’œuvre … Il s’agit de favoriser la perception de la multiplicité des déploiements des créations dans leurs relations à l’espace et au corps ; de rendre attentif à la matérialité des œuvres dans ce qu’elle fait sens en soi ou soutient l’intention de l’auteur ; de comprendre la puissance des œuvres visuelles à représenter et à donner à voir des faits, des états, des signes, des idées, des inédits ou des différences, là où le verbal est épuisé ou inopérant.

Rencontrer une œuvre dans un EROA développe-t-il des compétences ?
En tournant les élèves vers la pluralité des créations artistiques, les espaces de rencontre avec l’œuvre d’art soutiennent des apprentissages, des attitudes, des connaissances, des savoirs faire qui ouvrent vers la pluralité des langages et des expressions, et qui sous-tendent un déplacement des représentations mentales et culturelles.

C’est apprendre à discerner entre des créations artistiques et des produits culturels. Notamment, prendre les œuvres à leur juste valeur : des expressions assumées par des artistes, souvent critiques ou sujettes à faire polémiques ou à réitérer la question de la définition de l’œuvre d’art.

Dans le cadre d’une démarche d’action d’éducation artistique et culturelle, un espace de rencontre avec l’œuvre d’art permet dans la scolarité commune et obligatoire, en tant que dispositif complémentaire, de soutenir l’effort pédagogique d’apporter aux élèves les moyens et les outils conceptuels pour identifier et situer des créations artistiques dans leurs débats sur le monde.

Ces situations de rencontre authentique permettent de développer une culture humaniste s’adossant à la connaissance d’un patrimoine culturel commun passé ou contemporain. Elles visent à partager des outils d’analyse des œuvres dans leur dimension polysémique. Elles offrent l’opportunité de contextualiser des démarches artistiques pour mieux en comprendre les enjeux et les finalités. Elles sont source de questionnement transversal pour toutes les disciplines enseignant l’histoire des arts. Elles montrent au public scolaire des processus de création de manière tangible et matérielle proposant , par conséquent, une conception vécue de l’œuvre d’art par l’expérience du corps et non réductible à la seule reproduction.

(extrait de: « Les EROA en dix questions »  Par Patricia Marszal, Inspecteur d’académie – Inspecteur pédagogique régional d’arts plastiques. Chargé des EROA de l’académie de Lille)